| | | Voyage d'un chat solitaire. [libre] | |
| | Auteur | Message |
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Némésis ø Chat Manipulateur ø


Messages: 277 Date d'inscription: 24/01/2009 Localisation: Juste à côté de mon ombre...
 | Sujet: Voyage d'un chat solitaire. [libre] Jeu 29 Jan - 14:34 | |
| Cela faisait maintenant près de deux semaines que le petit chat avançait, inlassablement. Il avançait pour avancer, car il n'aimait pas vraiment rester en place. Il n'aimait pas non plus quand il y avait trop d'essence vitale dans les environs. Il aimait quand tout était crevé, froid comme la glace qui recouvrait parfois la cime des arbres. Et ce village abandonné, seulement peuplé par des ruines inertes aussi silencieuses et imposantes que la Mort elle-même, lui offrait enfin la tranquillité morbide qu'il recherchait tant.
La seule agitation qu'il tolérait, était celle de la chasse. Il ne pouvait se passer de l'excitation que cet art procurait. Une jouissance sexuelle si forte, si puissante, emportait son corps tout entier dans un tourbillon de plaisir au moment où ses crocs déchiquetaient la frêle peau de sa proie, quand son sang giclait, chaud, sur la neige et sur son pelage, quand le corps tout entier de sa victime était agité par les spasmes finaux. A cet instant, toute créature qui oserait troubler la paix sauvage qui animait son cœur, était attaqué avec une férocité et une bestialité peu commune, même pour un animal. La hargne qui s'emparait de lui alors ne connaissait pas de limites, et ses forces semblaient décuplées. Bien peu de ceux qui l'avaient dérangé s'en étaient sortis indemnes, humains ou créature, il attaquait tout, sans distinction aucune.
Mais depuis quelques temps, sa chasse se faisait de plus en plus maigre. Peu-être était-ce le froid qui commençait à s'installer, ce froid qui transperçait tout ce qui ne possédait pas une solide couche de graisse. Il allait devoir être sur ses gardes, de plus en plus. À cette époque de l'année, la lutte pour la nourriture était de plus en plus vive et sans pitié. Les charognards ne passaient pas souvent l'hiver, incapables qu'ils étaient de tuer par leur propres moyens.
Le petit chat rachitique marchait dans les rues de la ville. Il avait le vague souvenir d'être déjà passé par ici. Un vague souvenir... Sa mémoire entière n'était composée que de vagues souvenirs, d'impressions fugaces, comme celles qu'ont les humains au réveil, cette sensation d'avoir laissé un rêve inachevé, une histoire sans fin. Toute lutte pour tenter de récupérer ce qui a été cédé à l'Oublie est vain. Il garde tout dans ses mains égoïstes, et défend ses souvenir volé avec plus de férocité qu'une créature luttant pour sa survie.
Le chat n'avait jamais tenté de lutter contre l'Oubli. Il acceptait son infériorité avec humilité, simplement. Il ne tentait jamais de se battre contre plus fort que lui. Il n'était pas rare de le voir fuir à toute vitesse, dès lors que la situation tournait à son avantage. Il réservait les concepts d'honneur et de droiture à ses faibles humains, incapables de se dépêtrer de leur prison d'émotions. La seule règle qu'il appliquait était celle de la survie : s'associer à tout être plus faible que soit, et le trahir avant que celui-ci n'en ait l'occasion. Voilà comment le chat survivait dans cette nature implacable.
Honnêtement, il était plutôt doué.
La neige tombait faiblement du ciel orageux. Quelques flocons atterrissaient presque tendrement sur son pelage. Il faisait si froid. Pas un bruit ne troublait l'atmosphère silencieuse. Seule sa respiration lui était audible. Rien ne vivait dans les environs. Une bonne chose et une mauvaise chose en soit... Il n'aurait encore rien à se mettre sous la dent ce soir. Il allait encore devoir trouver un abri digne de ce nom pour la nuit : des températures si basses pardonnaient rarement à qui ne savait pas s'abriter.
Il s'arrêta, et regarda les masses sombres qui étaient dispersées le long de la route en terre battue, où la nature qui commençait à reprendre ses droits avait été stoppée par le gel. Des habitation humaines, à première vue désertes. Il entra dans l'une d'elle, et tenta de trouver un endroit où la chaleur n'était pas qu'un concept abstrait. Il n'y avait plus aucune odeur humaine en ces lieux. Seule celle de la mort régnait, omniprésente. Les murs étaient éclairés violemment par la pleine lune, qui irradiait tout le ciel de sa présence blafarde. On distinguait des tâches plus sombres que les autres sur les murs. Du sang, sans doute. Après tout, le chat s'en moquait. Les traces du massacre étaient anciennes, et il y avait peu de chance pour que la créature qui l'avait perpétré revienne en ce lieu, dans cet endroit désert sans proie à se mettre sous la dent, même pas un misérable rat.
Il allait être tranquille pour la nuit.
Enfin, il trouva un lieu où la chaleur n'était pas totalement morte.
Dans le silence le plus total, il se roula en boule devant une cheminée dont l'âtre était éteint depuis des lustres.
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|  | | Lutz ~ Regarde toi, regarde moi ~


Messages: 248 Date d'inscription: 29/12/2008
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 | Sujet: Re: Voyage d'un chat solitaire. [libre] Sam 9 Mai - 20:16 | |
| Cela faisait bien deux jours qu’il ne l’avait pas vu, et cela n’était pas bon signe. Harold était toujours dans ses pattes, toujours là où il ne voulait pas le voir. Sa simple présence l’horripilait, il ne supportait même plus qu’il lui adressa la parole. Et pourtant, quand il s’était rendu compte de la durée de son absence il avait commencé à s’inquiéter. Il n’était plus sortit du manoir, il restait toujours non loin de l’appartement de son fils, prêt à reprendre son comportement excédé dès que celui-ci ferait son apparition pour certainement recommencer ses mièvreries affectives envers lui. L’air de rien, Lutz s’était donc trouvé plusieurs activités : la lecture, la relecture et le l’amélioration de quelques une de ses notes le tout dans le petit salon commun à toute les créatures. Sous ses apparences habituelles d’homme détaché que rien n’effleure il n’était pas serein. Il relevait sans cesse le nez vers le couloir pour voir si sa progéniture ne franchissait pas le couloir. Il ne voulait pas avouer –même à lui-même qu’il s’inquiétait pour Harold. Ce n’était qu’un gamin stupide et encombrant, après tout sa disparition l’arrangeait bien, il n’avait plus à souffrir des humiliations qu’il lui infligeait avec ses élans d’affection.
Finalement, après cinq ou six heures d’attente il laissa ses livres de côté et décida d’aller chasser. Cela n’avait aucun rapport avec une quelconque recherche pour retrouver son fils non loin de là, il allait juste s’amuser un peu. Et puis à quoi bon le chercher ? S’il n’était pas revenu c’était sans doute que quelqu’un avait craqué et s’était décidé à le faire taire une bonne fois pour toute. Qu’importe ! Ce n’était pas son problème, il avait d’autres chats à fouetter. A cause d’Harold il n’avait pas bu depuis plus de 24h, enfin ça aurait été à cause de lui si il l’avait effectivement attendu, ce qui n’était rappelons le pas du tout le cas. Il s’était simplement laissé absorber par son travail et il s’en allait maintenant récupérer le réconfort qu’il méritait. Avant de partir il passa par la chambre du jeune vampire non pas pour se rassurer de sa présence mais plutôt pour lui emprunter quelque chose. Quoi ? Il semblait l’avoir oublié quand il pénétra dans la pièce, il tourna en rond une minute ou deux et se décida à partir. Quoi qu’il voulait lui prendre il saurait bien s’en passer.
Il allait doucement, marchand au hasard sur l’île. Il finit par tomber sur un jeune homme qui l’air ahuri semblait totalement perdu. Un nouveau venu certainement. C’est sans grande férocité que le vampire l’attaqua. L’autre le repoussa facilement en lui jetant son sac à dos au visage pour ensuite prendre la fuite. Il ne lui aurait pas fallut beaucoup de temps pour le rattraper d’ordinaire, l’humain était loin d’être un sportif accompli mais Lutz préféra adopter une mine dépitée et se contenta de récupérer le sac à dos –un modèle du 21e siècle- qu’il fouilla tout en continuant à marcher. La neige tombait maintenant, le froid ne le dérangeait pas mais il détestait recevoir des flocons dans les yeux. Le mieux était donc pour lui de s’abriter, une chance : le village abandonné n’était pas trop loin. Ce serait un bivouac bien peu confortable mais il ferait l’affaire quelques heures, le temps que la météo redevienne plus clémente. Alors qu’il arrivait en vue des ruine il trouva dans le sac un de ces objets à qui beaucoup d’humain semblaient attacher une grande importance. C’était une sorte de pavé en plastique, qui devait faire sept centimètres sur quatre, un peu plus, un peu moins. Tous ceux qui venaient de l’époque moderne ou presque s’acharnaient sur ces choses électroniques. Lutz n’avait pas encore réussi à percer ce grand mystère. Ces choses étaient pour lui insupportables, elles émettaient des ondes étranges qui lui perçaient les tympans, il leur arrivait de clignoter ou encore d’emmètre une musique atroce. Jusqu’ici il les avait évité, mais puisqu’il allait avoir du temps il décida de garder celui là, et d’essayer d’en comprendre l’utilité et le fonctionnement. Il le remit donc dans le sac et maintenant arrivé à destination il entra dans la maison la moins délabré qu’il trouva.
Arrivé à l’intérieur, il sentit la présence d’une créature vivante, étonnant pour un pareil lieu. Il continua d’avancer, méfiant, les sens aux aguets. Il trouva rapidement ce qu’il cherchait : une pitoyable chose, maigre et certainement malade allongé lamentablement devant la cheminée. Il fronça les sourcils, et dire qu’il s’était inquiété pour ça. La seule chose qui était agressée ici était son sens de l’esthétisme, quelle affreuse, immonde, ignoble, effroyable spectacle. Il n’était pas du genre à prendre pitié d’un tel être, au contraire il voulait la faire déguerpir au plus vite afin de prendre ses quartiers et ce sans avoir à supporter la vue de cette affligeante épave. Il envoya donc dans la pauvre créature un coup de pied soudain, tout en lui donnant l’ordre de disparaitre. |
|  | | Némésis ø Chat Manipulateur ø


Messages: 277 Date d'inscription: 24/01/2009 Localisation: Juste à côté de mon ombre...
 | Sujet: Re: Voyage d'un chat solitaire. [libre] Sam 23 Mai - 22:04 | |
| Tapam. Tapadam. Tapam. Le pas de l'homme résonne dans la nuit lugubre. Il a une démarche légère, rapide, celle que ceux qui se remplissent facilement l'estomac savent adopter avec une aisance déconcertante. La démarche de la nuit, faite d'ombre et de soupirs, inaudible à toute créature qui ne fait pas elle-même partie de la nuit. Mais le chat l'avait entendu bien avant qu'il ne pénètre dans sa cache sordide, bien avant même qu'il ne parvienne dans les alentours du village dévasté. Car il était la nuit, il était la nature, et savait écouter, même endormi. Endormi, il ne l'était jamais profondément. Il ne savait même pas ce que ce terme voulait dire : se reposer. Quand on est livré à soit-même, on ne connait que la fatigue, qui gagne peu à peu tous vos membres, et qui les broie implacablement, dans un étau étouffant. On ne connait que cette lutte de chaque instant contre le sommeil, contre ce maudit sommeil qui vous guette comme un parasite, et qui ne vous ressource même pas, qui vous vole plus qu'autre chose. Car sombrer de l'autre côté alors qu'aucun refuge n'est à votre portée, c'est vous condamner à une mort certaine. Même les humains savent cela.
L'homme était dans la maison. Il était auréolé d'une étrange atmosphère, et constamment accompagné par une sorte de sifflement strident, un son insupportable. Il sentait bon. Une si douce odeur l'entourait, le nimbait d'un délicat parfum de nourriture fraiche, de viande encore fumante, tout juste arrachée au cadavre encore fumant d'une quelconque créature. Cette odeur imprégnait était profondément incrusté dans la personne de l'inconnu, si bien qu'elle semblait émaner de ses vêtements même... Le chat doutait que l'homme ait eu un jour à s'abaisser à dévorer une charogne, puante, putride, pourrie. Lorsque l'homme pénétra dans la pièce, la seule pièce encore un peu chaude dans ce désert glacial, le chat sut qu'il n'avait aucune chance contre cet ennemi.
Il était chaud. Je veux dire : le corps de l'homme était encore chaud, régulièrement réchauffé par un afflux de sang en provenance de son cœur, qui battait avec la régularité d'un métronome, sans refléter aucune crainte. Il n'était pas encore glacé par le gel, par la terrible froideur qui gagnait tous vos membres pour peu que vous passiez quelques nuits dehors... Le corps du chat était rongé par cette terrible gangrène, qui rendait ses muscles raides, et ses os cassants. Le froid rendait vieux et fragile le plus intrépide des jeunes fous, toutes espèces confondues.
Le chat n'avait toujours pas fait un mouvement. Il avait légèrement entr'ouvert les yeux, et examinait le plus en détail l'homme, pour tenter d'obtenir le plus d'informations sur ce qui serait un terrible adversaire. Il vit ses yeux briller de dégoût dans le noir lorsqu'ils se posèrent sur l'ignoble masse qui formait le petit corps cadavérique du chat. Le félin était habitué : jamais son corps difforme n'avait évoqué le moindre sentiment de pitié de la part de créatures humanoïdes. Toujours ses os saillants, ses muscles à moitiés pourris à même le corps, ses poils luisants, épars, exhalant une odeur ignoble avaient provoqué le dégoût, une haine quasi immédiate contre la créature qui osait être aussi laide que cela. Leur sens de l'Art était choqué, sans doute. A cet instant, le chat sut qu'il devrait se battre. Pas question pour l'un ni pour l'autre de céder devant un adversaire si ignoble.
Le pied de l'homme partit, et il l'esquiva au dernier moment, n'animant son corps qu'à l'instant où cela était strictement nécessaire. D'une détente agile, il se mit hors de porté. Tous ses muscles lui faisaient mal, horriblement mal. Il avait l'impression que du sable s'était glissé dans chacune de ses articulation, et qu'il devait lutter pour exécuter le moindre mouvement. L'homme marmonna quelque chose, chose totalement inutile et redondante, tant son geste était explicite sur ce qu'il pensait. Cette habitude que les humanoïdes avaient de répéter leurs actions en paroles étaient passablement ennuyeuse. Croyaient-ils réellement que les animaux les comprenaient ? Pour eux, ce n'était qu'un gargouillis de sons, un étranglement de voyelles, pas plus compréhensible que le chant d'un oiseau, où que le hurlement d'un loup...
Le chat fixait l'homme, et ses yeux luisaient dans la pénombre. La lutte pour le foyer commençait, et il n'avait aucun doute sur l'issue du combat : le gagnant mesurait environ 1m 80...
Mais malgré tout il se battrait, parce qu'il haïssait être dérangé. Et accessoirement parce qu'il n'avait nulle part où aller... |
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